La Débrouille Cie (animateur : François Lachèze), est au Centre tous les mercredis de 19h30 à 22h.

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Atelier d'arts plastiques au Relais des Carrières.

Bilan d'un trimestre.

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Au cours de ces 18 séances de l'atelier d'arts plastiques nous avons pu expérimenter plusieurs techniques et passer de bons moments.

En commençant ce cycle, fort de mes études en école d'arts et de mon expérience d'illustrateur, je m'étais fixé un programme tel que je voulais tout dire, tout montrer, tout passer comme on me l'offrit en 5 ans d'études assidues et 35 ans de métier car oui, j'ai 60 ans...

Un programme ambitieux,

trop ambitieux, élaboré sans connaître mes interlocuteurs, sans savoir leurs motivations à tous, les capacités de chacun, leurs désirs...

Il suffisait de demander, ce que nous fîmes avec Aline et Kérèn dés la fin de la 1ère séance.

La volonté des participants était, ainsi qu'ils nous l'ont dit, de

«passer un bon moment, ne pas se prendre la tête.»

Cela obligea à un peu de souplesse car justement pour moi, l'Art avec un grand A est tout une question de prise de tête car sinon, depuis l'Âge de Pierre jusqu'à Cézanne pourquoi dessiner un mamouth plutôt que le chasser comme la majorité de ses contemporains, pourquoi peindre une pomme plutôt que la manger puisqu'elle est faite pour ça dans la réalité à 1€30 le kg pour le commun des mortels.

Enfin, de Lascaux à Cézanne et jusqu'à Picasso, Warhol et moi il eût été difficile de réduire l'ambition de mes prédécesseurs, de mes pairs, de renier l'essence même de l'Art et j'ai jugé plus sage pour ne pas mettre l'édifice à mal de changer de programme.

Je ne le regrette pas.

Il était évidemment plus simple de mettre mes connaissances au service de leurs volontés, de leurs envies plutôt qu'imposer un savoir académique issu des âges farouches et des cours de ma folle jeunesse.

Nous sommes ici dans le loisir et non dans la formation professionnelle (encore que, ça pourrait...)

Ainsi chaque séance détermine la suivante au grès des demandes et des curiosités de chacun, de ses questions, de ses capacités.

L'idéal serait qu'il y ait un besoin. Forcément, puisque comme dit Denis Diderot :

«l'art qui naît dans la lutte, se nourrit de contraintes et meurt de Liberté.»

Ainsi, ici un soir, Tel veut savoir comment, sur une toile peinte à l'huile qu'il nous montre ( «2 ans de travail» nous dit-il ) il pourrait rendre mieux un nuage qui lui semble trop lourd

Tel autre un autre soir, portraitiste de talent de l'avis de tous, vivant sans doute de vente au noir aux terrasses des cafés, veut savoir comment régulariser sa situation et s'intégrer officiellement dans la corporation des artistes.

Il veut ça dirais-je, avec une volonté farouche.

( je l'ai envoyé à l'AGESSA qui est, comme La Maison Des Artistes, l'organe central de cette corporation et qui lui dira tout sur tout ((à suivre)) ).

_Photo1968.

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Nous avons commencé par dessiner debout

avec de trop gros pinceaux sur une trop grande feuille posée par terre.

Il s'agissait de prendre contact avec le dessin de façon originale, inattendue.

Presque déstabilisante.

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_Geste_auguste_de_plasticien

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J'ai aussi demandé qu'on dessine sans les tables.

Certains ont tenté ce défi extrême, d'autres ont renoncés. Je n'ai pas insisté (mais j'ai les noms...)

Quoiqu'il en soit, j'ai vu cela se faire, au même moment, avec les mêmes outils et dans le même inconfort :

Puis,

nous avons tenté de dessiner en volume avec du fil de fer et ainsi appréhender les formes et l'espace autant dire s'adonner à la Sculpture.

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Ensuite, avec du grillage et de la pâte-à-papier, j'ai proposé un travail commun et nous avons cherché un sujet. Une sorte de brain-storming.

Nous devions faire quelque chose d'un peu gros comme une statue à laquelle tous auraient mis la main et où après, le monde mettrait les yeux. Quelque chose de grand, vous imaginez bien. Un truc universel !

L'idée vint de faire une voiture (je déteste les bagnoles),

et nous la fîmes.

Seul l'un d'eux s'y attela mais s'y attela bien et passa les séances suivantes sur ce chantier encore inachevé, qui avance bien et nous occupera quelques séances (encore que nous pourrions y passer l'année).

Pinin Farina aussi a mis du temps sur ses maquettes et c'est vers ça que nous tendons disons que c'est vers ça que je veux tous nous sentir capable....

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Vues nos carences, la voiture ressemble plus à celle de Mickey et pour améliorer ça, je vais tenter de la faire aller vers Wallace et Gromit qui est aussi une forme d'art incontestée.

Certains préféraient continuer à jouer du fil-de-fer avec des résultats, à mon goût, plus que probants (visibles dans notre salle).

Quelques soient les résultats, que l'on travaille ou pas, que l'on vienne avec des questions ou juste pour papoter comme dit un autre qui ne veut rien faire et qui ne vient que «pour voir faire les autres», je crois pouvoir dire que

nous passons de bonnes soirées.

Les idées viennent d'elles mêmes.

Comme celle d'un autre participant (ayant travaillé dans la marine marchande), qui sait faire du matelotage et nous montre des techniques de noeuds précises pour faire des porte-clés amusants.

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Nous projetons maintenant de faire un tapis de pont et grâce à ses plans et avec du bois de cagette, réaliser des demie-coques décoratives telles qu'on en voit chez les shipchandlers.

J'ai hâte de voir ça !

D'autres, les peintres semi-professionnels, les amateurs actifs nous montrent leurs productions et c'est matière à parler de peinture, de goûts, de couleurs qui comme chacun sait, ne se discutent pas.

Ici, oui.

Certains veulent savoir quelque chose de la couleur à l' huile, l'aquarelle, je propose et apporte l'acrylique plus «facile» mais c'est surtout l'huile et l'aquarelle qui sont bien compliquées. Nous y viendrons doucement si l'acrylique éveille des vocations et quelques volontés.

Ce n'est qu'aux deux dernières séances qu'est venu le materiel de peinture.

Il a servi aux uns pendant qu'à l'autre bout de la table la voiture en pâte-à-papier continuait d'avancer.

Elle est maintenant presque finie, prête à peindre car le meccano en chef a suggéré qu'elle pourrait être

rouge. (Rouge Ferrari.)

Je l'ai promis : on peut mais c'est du taf et grâce à cela, les uns coloriant du papier, l'autre finissant notre voiture, nous parlerons finalement de la même chose ensemble : Couleurs primaires, valeurs, densités chaud / froid, clair / obscur, et du fameux cercle chromatique qui est une chose très compliquée en théorie mais je la connais un peu, cela suffit car nous ne parlons pas de théorie, nous pratiquons à la brut (vous connaissez l'Art Brut ?) découvrant ainsi, du bout des doigts et de manière sensible ce qui fait les règles de l'Art et ses difficultés.

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Nous sommes sortis aussi,

à Beaubourg, un dimanche après-midi pour voir et parler de la Fontaine Des Automates de Nikky de Saint-Phalle et Jean Tinguely qui sont des artistes dont il semble qu'on peut se dire en les voyant qu'il est aisé de produire des images, qu'il n'est pas indispensable de bien dessiner.

Apte à décomplexer le béotien. A encourager l'amateur. Faire dire à tous :

« après tout, je peux.»

Par leurs façons très différentes et cependant intimement complémentaires, ils montrent qu'ils n'est pas utile de connaitre l'anatomie, la perspective ni la composition et encore moins le cercle chromatique pour faire péter la couleur ou l'abolir pour arriver à s'exprimer.

La volonté suffit. L'envie.

Voici l'affichette qui invitait au rendez-vous :

Je veux croire que le message est passé. Je serai là pour voir.

Je peux dire déjà que ce fut un après-midi de promenade, une ballade diletante pour nos participants comme elle le fut pour moi.

Pour nous tous, une occasion d'enseignement par l'image pour constater qu'il est un moyen de parler, de montrer, communiquer par le moyen de l'Art.

Oui, on peut faire ça vite, pour pas cher, en s'amusant aussi et sans le savoir vraiment, se prendre un peu la tête quand même sur des trucs sans conséquences dont on peut parfois tirer

quelques déceptions certes mais de la vanité aussi

car chacun crois râter, se tromper, faire moche,

il n'y a que pour l'animateur que cela n'importe pas.

Il voit de séance en séance tout le bénéfice qu'apporte le simple fait de faire.

Moche où beau n'est pas la question.

Que faire ? Comment faire ? Et avec quoi ?

suffisent à occuper la trop courte soirée du mercredi.

Je veux croire que chacun y trouve du plaisir car pour ma part c'est avéré et pourtant, nous n'en sommes qu'au début.

Vous ne le savez peut être pas mais moi, je l'ai vécu et je peux attester :

« En Art, le plus dur, c'est les 60 premières années.» Edgard Degas.

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Paris, 18 décembre 2010. François Lachèze pour

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